Lèche le destin à ma bouche

Violette Villard

vous entrez
elle se tient immobile corps presque inerte
vous la brûlez des yeux
D’elle nous ne saurions qu’elle est vivante
que par le soulèvement des cheveux à flanc de veine
vos yeux depuis leur courbure-lynx viendraient téter l’orée de la fente
Droit vous le seriez toujours
elle aussi dans la moiteur diaphane
vous verriez sa vie aux cheveux
vous sentiriez le désir lui frémir
Juste au tremblement des cils
vous auriez l’envie
soudaine
De venir lécher l’empreinte des cils
voir les paupières faiblir
on ne sait pas si elle serait nue
c’est un acte qui se déciderait plus tard
votre œil à l’instant de la scène
au seuil de la room z 40
irradierait tout
scalpel a-généalogique
Plus loin que les lames des gènes
vous incendieriez les pointes tragiques des os
au violet des chairs amnésiques
l’œil tressauterait
les veines vous auriez l’envie d’aller les goûter
tempe cou mains bras
tous les avants
vous auriez faim
vous seriez vous-même étonné de cette urgence qui vous saisirait du plus
loin de vos mémoires
a l’arrière de vos bouches
venir lécher ce bleu à fleur des tempes au bout de sa peau
partout
vous vous demanderiez d’où peut venir le goût sans écho
l’élan venu de rien
Des ruines indéchiffrables
le goût qui enfièvre et monte à l’arrière des bouches
vous vous sentiriez juste durcir
D’un goût qui est corps d’un goût qui fait voie
vous verriez votre verge se dresser à l’équerre de ses veines
elle aurait deviné l’appât du bleu
comme pour faire durer le calme des yeux la cambrure de votre sexe
elle avancerait l’index sur la fossette
Par effleurement elle ne ferait rien d’autre
la peau de son doigt sur votre fossette
Des lèvres au nez doigt fleuret avidité
vous seriez ivre d’impatience tout à coup
épris de ce doigt
étreint de vitesse
elle devinerait la nouvelle humeur
se rapprocherait de votre visage
humerait vos yeux votre front
Puis avec une infinie douceur
au milieu dans l’axe vertigineux des yeux fauves
elle laperait la ride
vous saisiriez la main gauche sur votre sexe
vous voudriez qu’elle continue de laper la ride le front les yeux
Pendant que sa main caresse votre splendeur
vous seriez baigné de sa salive
elle continuerait la vitesse de la main
vous voudriez ce rythme
fou lent fou de lenteur plein des vitesses suicidées
votre poignet appose cette cadence
vous glissez son doigt droit de la fossette à vos lèvres
vous le voulez dans votre bouche pendant qu’elle continue de vous branler
à pleine main
Puis c’est vous qui voulez
votre doigt dans sa bouche
vous lui mettez elle halète
vous auriez l’abrupte envie de coller votre sueur à ses seins
elle ne bouge plus votre doigt dans ses lèvres
sa main s’est arrêtée sur votre membre
elle ramène un peu de votre lait sur ses pointes
vous ne l’avez toujours pas regardée
vous vient un irrépressible désir de dévoration
elle lit dans vos organes
vous tend ses seins à mordre
vous enflez vous brûlez vous oubliez votre sexe votre mémoire
les violences de vos terres
vous vous abouchez à ses vierges seins
elle s’agenouille elle est passée par l’arrière de vous
vous lui demandez de vous sucer là où les origines s’effacent
elle vient au seuil approche ses lèvres
a la langue sur les origines votre chaleur augmente
Dévoration des taires elle vous plaît de ce silence qu’elle fait
celui du siècle des vies que vous mettez bas
vous mouillez elle se tend
vous dilatez elle fond
vous lui demandez la langue sur l’anus
à la gorge
au fond
elle l’entre et vous cambrez
à genoux elle vous donne ses cheveux
vous recouvrez votre membre avec
Des perles de blanc font larme au milieu du blond
un cri écarte l’espace
vous êtes en splendeur
avive écarlate