Jurassic Punk

Jonathan Edwards

Mon expérience punk a été grandement influencée par le site Grooveshark. C’était un site de streaming de musique dans le genre de Spotify ou Deezer avec une fonctionnalité que d’autres sites n’ont pas : la possibilité de faire des broadcast. ça consiste à passer une playlist que les gens peuvent venir écouter, en discutant sur un tchat. Je m’étais mis au punk, après avoir eu une période pop-punk (Green Day, The Offspring, blink-182). J’ai donc lancé mon broadcast punk au début de l’été 2013, Jurassic Punk, avec les quelques groupes que je connaissais. Au fur et à mesure, quelques personnes sont venues écouter ma playlist et proposer des groupes. Ca a été une expérience géniale et j’ai découvert énormément de groupes. C’était au début de ma thèse, et tous les jours en arrivant à mon bureau je lançais la playlist qui grossissait avec le temps, et j’ai commencé à la trier en sous-playlists. J’ai découvert le ska-punk, avec Streetlight Manifesto, et le punk français, avec Justin(e) notamment, qui deviendra mon groupe favori. A part un concert de Green Day à Paris en 2009, c’est aussi la période où j’ai commencé à aller à des concerts et festivals punks. NOFX, la tournée Guerilla Asso, le Groezrock, l’XtremeFest… Je me suis fait une crête en décembre 2013. C’était marrant de voir le regard des gens dans la rue. Les grands-mères qui me jugeaient, les gens qui regardent du coin de l’oeil, les gamins qui me fixaient et me montraient du doigt… J’ai donné quelques cours pendant ma thèse. J’ai adoré les réactions des étudiants qui me voyaient pour la première fois en entrant dans la salle de classe. J’ai été contacté par une employée de Grooveshark, qui faisait le lien entre le staff Grooveshark et les broadcasters. J’étais devenu un des broadcasters les plus importants dans mon style de musique sur Grooveshark (pour relativiser, c’était rarement plus d’une quinzaine d’auditeurs en même temps, alors que certains broadcasts electro ou rock atteignaient les quelques milliers d’auditeurs). De temps en temps, on se mettait d’accord pour que mon broadcast soit «featured», c’est-à-dire placé tout en haut de la page des broadcasts, mis en valeur. Je profitais de ces sessions de quelques heures pour passer des playlists spéciales, comme une playlist composée uniquement de reprises punk. Certaines sessions étaient organisées pour des évènements, comme la Saint-Patrick où je passais une playlist de punk celtique, ou la Saint-Valentin où je passais une playlist avec pour thème l’amour. Ça a été aussi une super expérience humaine. Plusieurs de mes auditeurs revenaient régulièrement. J’ai pu discuter avec des punks du monde entier, chacun me faisait découvrir des groupes locaux. J’ai fait des playlists de punk russe, de punk brésilien, de punk polonais, de punk espagnol…

J’ai parlé avec des punks américains des années 70-80, et des punks français ou allemands très engagés. Ça m’a aidé à forger mon idéologie punk. Cette année j’ai pu rencontrer un de mes auditeurs, un punk brésilien, de passage à Paris. Il m’a donné une bière faite maison qu’il m’avait promise. C’était cool de voir ce type que j’avais rencontré en ligne, et avec qui j’avais beaucoup discuté par tchat. Une auditrice que j’avais rencontrée sur Grooveshark m’avait dessiné un avatar, un philosopunkus, un dinosaure humanoïde qui se pose des questions (basé sur le même du philosoraptor), avec une crête en plumes et des vêtements punks. J’ai demandé a une amie dessinatrice de reprendre cet avatar et de me le simplifier pour en faire un logo. J’ai ensuite ouvert une boutique en ligne avec des tee-shirts et des badges avec mon logo, et j’ai fait faire des stickers que je colle dans les toilettes de bars et dans les festivals. Malheureusement Grooveshark a fermé, le 1er Mai 2015. J’étais dégouté, le broadcast m’avait beaucoup apporté. Depuis j’écoute de la musique principalement sur Deezer. J’y ai refait un compte Jurassic Punk, et j’ai refait mes playlists : Street punk, Classic punk, Hardcore, Pop punk… Mais les auditeurs et l’ambiance sur le tchat me manquent. Un jour, peut-être, j’aurai l’occasion de remettre Jurassic Punk «On Air».