Idomeni, Europe, 2016 : une enfance dans les camps

Cyril Bernon

«death quickly with bombs is better to die slow in idomeni» Voilà ce qui est écrit sur le carton du petit garçon de la première photo.
Ils étaient environ 5 000 ! 5 000 enfants parmi 13 000 réfugiés à survivre dans la boue et le froid, dans le camp de la honte, le camp d’Idomeni au nord de la Grèce!
J’ai passé 3 semaines avec eux – la Macédoine venait juste de fermer sa frontière. Ils arrivaient chaque jour plus nombreux, en famille, épuisés après un long et dangereux voyage. Mais ils étaient heureux parce que persuadés qu’ils allaient pouvoir continuer leur route vers la terre promise, le nord de l’Europe.
Mais depuis peu, Idomeni, n’était plus qu’un cul de sac synonyme de désespoir et de misère où végètaient des milliers de familles. Je les ai vu jour après jour se transformer, perdre la raison, être avalés par ce camp inhumain. Mais comment pourrait-il en être autrement quand on a tout perdu, parfois même sa famille et que l’on a plus d’espoir, plus de but à atteindre ?
Ils manquaient de tout, ils vivaient au milieu des ordures et des excréments. Ils manquaient de toilettes, de points d’eau, ils faisaient des heures de queue pour avoir un bol de soupe ou voir un médecin… Ils devenaient parfois agressifs pour un peu de nourriture, un sac de vêtements ou quelques morceaux de bois. Leurs journées se résumaient à satisfaire les besoins primaires (boire, manger et se chauffer) et à attendre. Mais attendre quoi ?! On peut supporter l’insupportable, on peut traverser des mers et franchir des montagnes, tant qu’il y a de l’espoir.
Mais le 08 mars 2016, en officialisant la fermeture de la route des Balkans, l’Europe a mis fin à tout espoir.

 

Ce qu’on leur propose, les laisser dépérir ici au nord de la Grèce ou les renvoyer en Turquie !
L’Europe avait rendez vous avec l’histoire ! Elle a raté ce rendez-vous.
Lorsqu’une civilisation se referme sur elle même, qu’elle construit des murs plutôt que des ponts, elle s’appauvrit, et finit par s’éteindre.
A travers mes photos, j’ai souhaité rendre compte de leur quotidien, de leur histoire, de leurs espoirs, et surtout de leur désespoir. Je n’étais pas dans une zone de guerre, je n’étais pas dans un pays accablé par la famine. J’étais bel et bien en Europe, ce qui rendait tout cela d’autant plus insoutenable. Mon reportage s’est naturellement orienté vers les enfants et la famille. Peut être parce que j’ai moi même deux petites filles et que je ne pouvais m’empêcher de penser à elles en voyant tous ces enfants. Probablement me rappelaient ils aussi à moi père de famille, à quel point ces hommes et ces femmes étaient courageux.

 

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«Qu’arrivera-t-il aux enfants qui ne font pas leur prière
Qu’arrivera-t-il aux enfants qui dorment dans la rue […]
Qu’arrivera-t-il aux enfants qui dorment sous la lune claire
Qu’arrivera-t-il aux enfants qui ne vont pas à l’école»
 
Daniel Darc, «Les enfants», Chapelle Sixteen, 2013