Hommage à Jacques Noël (1/3)

C’est avec émotion que j’ai appris la disparition de Jacques. Tant de souvenirs et de découvertes restent là-bas et dans mes pensées…
Un ami passionné de grafzines et d’autoproductions m’avait fait découvrir le lieu dans les années 90. De visite en visite, j’avais osé proposer à jacques quelques productions «underground»… Par le plus grand des hasards mais surtout grâce à sa bienveillance, quelques dessins atterrirent semble-t-il entre les mains d’Art Spiegelman, amoureux de la librairie – qui préparait pour le Comics Museum de San Francisco une exposition appelée «Un regard Moderne». C’est ainsi qu’un de mes dessins pornographiques (signé Mad Donna) se retrouva inclus dans l’expo, au coté des grands noms de l’époque – et aussi dans le petit catalogue de l’exposition. Comment rêver plus belle reconnaissance ? J’aimais chez Jacques sa manière de vous accueillir. On n’osait rien demander car on savait qu’il sortirait un ou deux bouquins ou fascicules de sous une pile pour nous les proposer. Et si sa sélection était parfois surprenante elle tombait toujours juste en terme de découverte. Une page de vie se tourne encore. Il n’en reste plus beaucoup de cette encre-là. Philippe Neumager

Il était bougon, génial et attachant. Son petit sourire en coin quand tu lui demandais un truc qui lui plaisait ça n’avait pas de prix ! Allison

Anne Van der Linden
Peintures parues dans Heavy Meat, Jean-Pierre Faur éditeur, 1995.
Anne Van der Linden
Dessins, éditions de l’Usine 2008

Pour Jacques. Je suis passé au regard moderne le mardi précédant le décès de Jacques. Habitant depuis plusieurs années Berlin, je passais moins souvent et encore moins cette dernière année car j’étais en retard sur la deadline pour un éditeur habitant aussi rue gît-le-coeur, j’évitais donc cette artère. Jacques au courant de cette histoire me demande des nouvelles du livre, je me dis qu’il est vraiment formidable, il se souvient de tout, une des rares personnes à l’écoute de l’autre, avec sa manière particulière de se mettre de côté pour mieux vous entendre, comme s’il regardait une pile de livres en face, ceux que je faisais de plus en plus tomber à mesure que je prenais du poids, qu’il ramassait imperturbablement tout en vous proposant les livres que vous devriez avoir et dont vous ne savez même pas qu’ils vous manquent. L’un des rares aussi à avoir pris depuis 20 ans en distribution mes disques ou livres, comme le souffle continu, je lui dis qu’ils m’ont expliqué qu’ils ne survivraient pas l’année prochaine, on discute du marasme actuel, de l’absence de curiosité des gens, je lui file mon dernier livre «musique thérapeutique», pour qu’il le vende en lui disant de garder l’argent au cas improbable où il le vende, Jacques me surprend une nouvelle fois en me tendant un billet de 10E, que je refuse. Je l’invite à venir me voir à berlin qu’il semble ne pas connaître et pars en lui disant «tu vas être le dernier libraire à Paris», l’imaginant encore là dans 30 ans… Pour moi, Jacques restera le dernier libraire, quelqu’un d’irremplaçable. Il est mort alors que le centre Pompidou, à l’occasion de son expo pourrie, organisait un «beat tour» dans la rue git-le coeur, le genre de truc qui donne la nausée. J’ignore de quoi jacques est mort, mais il faut posséder un sacré sens de l’humour pour résister à toutes ces générations de collaborateurs devenant subitement résistants. Avec le décès il y a quelques mois de bruno maisons de la galerie satellite, autre hub hors commerce, une page se tourne à paris, qui ne me fait pas regretter d’être à Berlin. Frédéric Acquaviva

Je ne connaissais pas Jacques Noël. Nos relations n’étaient certainement pas amicales, j’avais sans doute trop peur de lui pour véritablement engager la conversation. Lui qui n’était jamais à une référence, à une histoire prêt. Quand et comment Patti Smith ou Lux Interior venaient dans sa librairie, à quelques pas seulement de l’endroit où William Burroughs avait achevé la rédaction du Festin Nu. Une femme entre dans la librairie, nous sommes en décembre, l’année compte peu aujourd’hui : «Bonjour monsieur, je voudrais trouver un cadeau pour Noël». Lui, montrant la porte : «Dehors». Vrai, c’était la fin d’une certaine forme de courtoisie, mais, enfin, tout cela était pour la bonne cause.
Frank Caranetti, 31 octobre 2016

Thierry Guitard
Le dernier de mes dessins mis en vitrine au Regard Moderne cette année.
Jacques m’aura soutenu jusqu’au bout !
Jean-Michel Bertoyas
Disparition de Jacques Noël
Pakito Bolino
Un regard moderne ne meurt jamais