États bas États d’os (extraits)

Marianne Magne

Assise à l’angle grave. Entre quatre murs fermés, pour de vrai. L’impossibilité des faits écrase. «You lied, that’s a crime» gueule le gros tenancier de cette putain de société qui united stands, qui in God trusts. C’est un crime contre mon humanité et j’enrage. Pour toutes les heures des emmurés, les convulsions des électrocutés et ma sotte inadéquatie. Il y a les portes qui s’ouvrent en abîme sur d’autres portes. Le plafond bas et l’ampoule jaune, les chiottes en inox et pas de lumière du jour. Dans les vides, j’essaye d’entendre la respiration de la Mexicaine que je sais à quelques cellules de moi. Son indifférence résignée, je voudrais la faire mienne. Elle m’a souri plus tôt et j’ai manqué de voix pour lui dire ma colère. Time stops.

 

Physical oddity : shaved head. Ça y est c’est officiel, fiché, le signe particulier, la curiosité anatomique, on se résume à peu de choses. On a beau le savoir, de se lire ainsi réduite ne facilite pas la sobriété.

L'INqualifiable - Etats bas Etats d’os (extraits), Marianne Magne

Triptych (extrait)

Marianne Magne

 

Le métabolisme fragile prend ombrage au moindre changement de lune. L’utérus enfle avec les marées, le bain-marie des vies possibles, un univers de crustacés aux consciences étroites. La pensée ronde et pleine de rien des unicellulaires nous ramène en arrière.

 

88% du corps est d’eau, répète Bryan sans se lasser, un visage éclairé de fouine. «Si vous pensez encore que les révolutions de la planète ne vous affectent pas, vous avez tort.» Il le dit mieux que moi, en anglais, entre deux exhortations pour que l’on n’oublie pas de respirer.

 

C’était un temps durant lequel j’étais encore poisson. Pendant la mutation d’une obscure gamète. C’est par altération donc, des chromosomes, et par le travail du temps sur le corps, du corps sur la matière, que la bifurcation génétique a lieu. Les branchies se déchirent d’abord. Gorgées d’air. Intoxication brutale. Je continue la mue, en rampant. Dans le laboratoire, sur le sol vitrifié je glisse et m’exaspère. Parvenir à s’extraire de cette putain de peau qui colle et qui réduit. Balancer la frileuse enveloppe de vivipare visqueux, de corps tronc, de vivipare soyeux au corps paralytique. Je quitte l’état reptile. Il me faut répéter les stades évolutifs, me taper tous les avatars. L’ossature se précise. Je la sens doucement devenir batracienne. Déjà ma queue se casse au niveau de la dernière Sacrée. Diskectomy banale d’un vieux disque en abcès. La douleur sans mot du bel invertébré n’est plus. La douleur me transporte à la place vide où les membres vont repousser la peau. Ils percent pour aller hors. Pour passer les carcans, les écailles. J’avale les rats vivants qui lentement suffoquent le long du tube gastrique en passe de devenir une belle cage thoracique. La gorge déglutit les anciennes réticences, elle canalise les atavismes. Je me tiens enfin droite. Il faut réapprendre l’usage du corps, l’usage humain. Les mains, les jambes surtout trahissent.
…but your body cannot betray, it is like rain she says.

 

L'INqualifiable - Etats bas Etats d’os (extraits), Marianne Magne

bald mermory 1, bald mermory 2

Marianne Magne

L'INqualifiable - Etats bas Etats d’os (extraits), Marianne Magne

Le pot-au-feu de dieu me cuit à petit feu

Marianne Magne