Bad choices make good stories

Tan

La clé des postes, Paris et toute une décennie

Tu te doutes bien que 10 ans de clé des postes ne se résument pas en quelques lignes, et puis c’est difficile de décrire ces trucs-là et d’écrire sur tout ça. J’ai fait une petite sélection de souvenirs mais j’ai eu du mal à choisir.

On allait à l’épicerie prendre des flashs de vodka. On buvait les bouchons en shot. J’en renversais toujours un peu à côté parce que ça débordait. J’avais souvent des mitaines, ça faisait froid au bout des doigts. Parfois, on commençait dans un bar et après trois ou quatre pintes, j’ouvrais la porte d’entrée d’un immeuble.

J’ai pris tout et n’importe quoi, en traces, en fix, en para… mais les trucs à avaler m’ont toujours fait flipper, les opiacés me font gerber et la fumée ne me fait pas beaucoup d’effet. Ma pref, moi, c’était la coke. Je déchirais une page du Lylo pour faire ma paille, la poudre aura toujours l’odeur du papier journal.

Le hall d’immeuble. Parfois c’est un sas avec une deuxième porte à digicode ou interphone. C’est vraiment pour s’abriter du vent et y faire son affaire. Parfois c’est une grande entrée pavée qui donne sur une cour. Là y’a de la place pour faire la révolution (et pisser). La cage d’escalier, c’est l’étape d’après, mais c’est pas obligé. Je me suis jamais fait griller. J’ai une putain de bonne étoile. on a fait un pacte elle et moi, je recommencerai pas.

La clé. Y’a un connard qui l’a jetée dans la rue un jour, avec toutes mes affaires, mes vêtements, mes papiers. J’ai vécu des aventures sans elle mais elle m’a beaucoup manqué et puis j’ai tout arrêté, parce que dans la vie, t’as pas forcément envie de crever. En tout cas, moi, c’était pas dans mes projets. Au bout de dix ans, un peu plus, c’était devenu trop dangereux, alors j’ai fait mon pacte et mes adieux. Ils ont essayé de me faire aller en désintox, j’ai dit non non non. J’ai lutté au fond d’un trou pendant un an, puis j’ai appris à naviguer et j’ai fait des fleurs la troisième année. Aujourd’hui, je fête mes trois ans et hier, quelqu’un m’a dit : «j’ai une surprise pour toi !»

Alors oui, bien sûr que je vais faire un double, même si maintenant la moitié des portes ouvre par badge électronique, même si maintenant j’ai plus grand chose à faire dans les halls d’immeuble à part du tricot, Paris, c’est ma maison, je récupère ma clé, tu peux prévenir les loups que je suis rentrée.

Au début, avec mon mec, on était gamins quand même, on savait pas bien. On passait nos nuits dehors, on marchait, on parlait, on écoutait de la musique et on a mis des mois avant de s’embrasser. On visitait les halls d’immeuble, les escaliers, les couloirs des chambres de bonne, les jardins, les toits, on se calait n’importe où, on voulait juste pas rentrer chez nous. Après on a grandi et on est retournés plein de fois aux endroits où on avait fabriqué nos souvenirs. Et pour les célébrer, il me mangeait de partout. J’ai des souvenirs au carré. et des frissons dans le cou. On avait fait du roller toute la journée, on était fatigués, j’ai sorti ma clé, on a trouvé un hall qui donnait rapidement sur des escaliers bien tapissés alors on s’y est emboîtés, je ne sais plus si on a gardé les rollers aux pieds. Dans mon souvenir, la porte d’entrée était vitrée, les lumières allumées, je me souviens que j’ai pensé qu’on avait quand même du bol de jamais se faire griller.

L’immeuble à côté du bar où j’allais presque tous les soirs, au premier étage ; une fois on était allongés, trop pas confortable, mais on était bourrés, une autre fois, on était dans le noir contre le mur à l’arrache, y avait des gens derrière une porte, je me suis dit : «s’ils ouvrent»… Je me suis dit ça plein de fois, mais les gens n’ouvrent jamais. Peut-être que souvent derrière la porte de chez moi y’a des gens qui s’essayent au Kâma-sûtra sur des marches d’escalier. Grand bien leur fasse et je serais contente que la relève soit assurée, je leur mettrais même une petite musique d’ambiance, si je savais.

Le mec, il voulait absolument que je l’aide à pas foirer sa veine. Je lui ai dit : «écoute mon gars, ma phase Christiane F., c’était il y a longtemps, je suis pas animatrice de colo, tu fais ta vie, je fais la mienne, si t’as besoin d’un endroit au calme, suis moi, on va se poser sur le toit mais me demande pas n’importe quoi, c’est pas un calumet qu’on se passe avec une complicité secrète dans les yeux, la technique du pieu.» Il a dit «bon ok» et on est allés regarder l’horizon en écoutant de la musique appropriée pendant qu’il se piquait. Il l’a très bien fait.

J’ai grillé des textos de mon mec dans le téléphone d’une meuf alors j’ai dit à ma copine «file moi ta cb» et je suis allée me bourrer la gueule à la vodka pendant un concert jusqu’à ce qu’on me console en backstage et la meuf m’a envoyé un mail pour m’expliquer, j’ai accepté de la voir pour l’écouter et on a fini dans un hall d’immeuble avec un mec qu’on avait rencontré juste avant qui avait un pull jaune aux manches trop longues et qui n’arrivait pas à décider laquelle de nous deux il voulait baiser. Moi ça m’intéressait pas, en plus je la trouvais aussi dégueulasse que lui, on a terminé la coke et je suis partie. Mon mec il m’a dit qu’il voyait pas où était le problème, qu’elle était à moitié conne de toute façon, j’ai dit «c’est encore pire», il a dit qu’il m’aimait, je lui ai foutu un coup de boule, il a dit qu’il était désolé à vie et un mois plus tard il s’est tapé une autre copine à moi.

Je buvais du champagne sur un rebord de fenêtre au rez-de-chaussée, et en voulant donner une impulsion pour me réceptionner, j’ai glissé et je me suis éclaté la tête contre la rambarde en fer forgé de l’entrée de métro en face de moi. Je suis tranquillement entrée dans le shop où on buvait, mon mec m’a dit «mais qu’est-ce qui t’es arrivé ??», j’ai trouvé un miroir et je me suis regardée : j’avais la gueule en sang et une dent cassée. Il m’a dit «viens on va aux urgences», j’ai dit «absolument pas», j’ai pris un flash de vodka, il m’a dit « mais t’es conne », j’ai dû dire «je t’emmerde», je me suis barrée et je suis allée me verser de la vodka sur la plaie pour m’anesthésier toute seule dans une cage d’escalier. Le lendemain, je m’amusais à passer ma langue sur le nerf à vif. Ça faisait un éclair blanc. Depuis, j’ai une fausse dent.

J’avais rencontré un mec dans un bar, dehors il s’était allongé par terre en répétant «t‘es incroyable» avec un accent du sud. Il était sympa et tout mais on avait baisé avec la porte de l’immeuble ouverte et il avait jeté la capote dans la rue à la fin et son frère était passé à ce moment-là, moi j’avais trouvé ça un peu chelou quoi, mais eux apparemment pas. Ensuite on s’était recroisés et il m’avait dit que c’était la première fois qu’il avait trompé sa meuf et j’avais dit «ah bah c’est bien de me dire ça maintenant, c’est très élégant».

Une fois, j’ai croisé un mec anglais dans un bar, on a parlé de littérature et on voulait traduire un livre ensemble parce que la traduction était nulle en français, il avait 60 ans et je lui ai payé des traces dans un hall, il m’a sauté dessus en me disant «you’re so disco» et je me suis barrée, très déçue.

J’avais une jupe léopard et des chaussures en vinyle noires. J’ai tapé de la vieille rabla dégueulasse et j’ai baisé. J’avais mes règles, je sais même plus ce qu’on a fait. Y’avait du sang partout, des traces de main, de l’art contemporain et puis j’ai gerbé. c’est pas la fois où j’ai léché le sol. Ça, c’était dans les chiottes d’un bar, celles où il y’avait plein de miroirs.

Ma pote, elle parlait tout le temps de cul, de son épanouissement incroyable. après, elle s’est maquée avec un mec que je m’étais tapé. C’était pas le coup de l’année. Ils ont eu trois enfants. Comme quoi… Avant qu’elle disparaisse de la circulation, on avait acheté des mini-courgettes et des capotes et on s’était tranquillement installées dans une cage d’escalier au tapis molletonné et on s’était entraînées à enfiler les capotes sur les courgettes avec la bouche ; et puis il faisait beau alors on est allées juste à côté, dans le cimetière, au soleil, pour peaufiner notre art.

Après le troisième bar, on est sortis dans la nuit, on a croisé un mec qui l’a traité de PD, il a dit «t’es complétement con et puis tu pouvais pas mieux tomber». Du coup le premier mec lui a mis une droite et s’en est allé, l’autre s’est mis à saigner du nez. On a croisé un mec qui rentrait chez lui, il a dit venez, je vais vous filer de quoi vous nettoyer. On est montés, y’avait des gens qui faisaient de la peinture avec leurs corps en se jetant contre un mur. J’ai pris du poppers, ça m’a fait mal à la tête, on est sortis, il faisait jour, j’avais mal aux pieds, j’ai enlevé mes chaussures, je voulais restructurer mon sac, j’ai ouvert une porte, on a trouvé un escalier qui menait vers une cave, je me suis promenée pieds nus, c’était mou et froid. Il y avait une peluche sale et abandonnée, je l’ai adoptée, je suis rentrée chez moi, je l’ai lavée et je l’ai offerte au gamin de mon mec des années après.

Une fois je rentrais du bar de nuit, comme d’hab, et y a un connard qui m’a plaquée contre un mur et qui a essayé de s’éclater sous ma jupe, du coup je lui ai enfoncé ma clé dans l’oreille et je me suis posée dans le bar de la rue qui est toujours ouvert, j’ai raconté ça aux gars qui étaient là et on est allés fumer des joints dans le hall d’à côté, ils étaient sympa, ils m’ont proposé d’aller le chercher, j’ai dit «ça m’étonnerait que vous le retrouviez, laissez tomber, mais merci pour les joints et le soutien».

J’étais avec un pote dans un bar, j’avais pris 300 verres de vin blanc, je voulais pas rentrer chez moi. on a sympathisé avec un mec, mon pote a fini par partir, le mec et moi on a changé de bar, on a acheté une bouteille et on est allés la boire dans un hall d’immeuble en se disant qu’on resterait potes parce qu’on passait une super soirée. Je l’ai croisé un an plus tard, ce mec, on sortait d’un club, le mec avec qui j’étais avait la joue toute gonflée parce qu’il avait calé sa md dans sa bouche et moi je venais de me faire piquer mon téléphone après avoir mis un coup de pied à un mec qui m’emmerdait (mais j’avais pas capté que c’était pour me voler). On est allés dans un bar, on a rencontré deux mecs qui nous ont proposé de les suivre chez eux mais on les a perdus en route parce qu’on a fait un petit tour dans une église pour voir la messe du matin et on a fini dans un dernier rade où une petite fille est venue jouer avec moi mais ses parents ont flippé, je sais pas à quoi je ressemblais, donc ils l’ont appelée et là, j’ai recroisé le type de l’année passée.

On rentrait de soirée avec un copain ++ et une pote un peu prudasse et le mec et moi on avait pris de l’avance, je sais plus s’il y avait d’autres gens avec nous, j’espère que oui pour ma pote, mais bon. On a trouvé un hall d’immeuble, on a niqué vite fait et ma pote est passée devant la porte un peu vitrée donc elle a vu sa tête à lui se dandiner. À chaque fois que je repense à cette histoire, ça me fait marrer.

J’étais avec ce copain, on rentrait d’un bar de nuit et y’a deux mecs qui sont venus nous faire chier, j’en ai attrapé un au cou, je l’ai poussé et étranglé, alors son pote a voulu casser la gueule au mien. On s’est tous retrouvés au milieu de la chaussée avec des canettes dans tous les sens. finalement on est partis et on a croisé un mec cool sur la route avec qui on a fumé des joints dans un hall d’immeuble au petit matin.

On était allés en soirée techno dans une cave vers le Canal et j’avais des talons aiguilles. Ensuite on avait pris de la méthadone au goulot dans un hall d’immeuble et une meuf avait sorti un scalpel pour découper ses chaussures ou je sais pas quoi et elle se l’était enfoncé dans la cuisse en faisant un mouvement brusque. Le lendemain, y’avait du sang dans ma cage d’escalier à moi, et j’ai dégueulé toute la journée. La méthadone était mal passée.

J’étais avec mon mec mais c’était pas encore mon mec et on se roulait des pelles sur le capot d’une voiture devant un bar et mon autre mec est arrivé et lui a foutu un coup de pied. Moi ça m’a gonflée, je les ai laissés se débrouiller, je suis allée me chercher un gobelet au bar, je suis sortie et je me suis assise sur le trottoir pour discuter avec un clochard. Il avait froid, je lui ai ouvert une porte, je lui ai dit «essaye de partir tôt demain sinon tu vas te faire emmerder», j’ai fumé une clope avec lui, il m’a dit merci, quand je suis revenue le premier mec était parti et l’autre m’a portée en mariée jusque dans mon lit. Il a dit « t’arrête avec lui maintenant ». Mais j’ai pas arrêté pendant deux ans.

Une fois j’étais avec une meuf qui avait pris de la Ké et elle avait vomi un truc tout rose en disant «regarde ! un furby». Les autres gens avec qui j’étais eux aussi ont tous vrillé, y’en a qui s’est mis à ramper, un qui n’arrêtait pas de se marrer et mon pote qui n’avait jamais rien pris a bien flippé. Moi, ça allait. J’ai tenu la main de mon mec en attendant qu’il soit capable de se verticaliser, on est sortis du hall et on est allés voir une perf de bodmod où y avait une meuf qui voulait absolument le baiser dans les chiottes du shop. Du coup moi je suis partie fâchée avec une bouteille de vodka. J’en ai bu trois et le lendemain j’ai planté toutes les personnes avec qui je devais prendre l’avion, mon billet était un cadeau, non-remboursable, bravo.

Une fois, avec un pote, on avait mis mon mec dans une poubelle à roulettes pour le tirer comme un petit chariot et puis on s’était assis par terre pour boire des coups parce qu’on ne trouvait pas de hall d’immeuble à notre goût. Mon pote était allongé et il regardait sous les jupes des meufs qui passaient et mon mec, depuis sa poubelle, lui disait d’arrêter. Ensuite on a croisé un mec qui m’a déclamé un poème alors on l’a invité à se joindre à nous, il nous a raconté sa vie de gigolo, on a laissé la poubelle, on a ouvert une porte qui donnait sur une cour intérieure avec jardin, on a pilé des tazs pour se faire des traces, on a mis du Rage Against The Machine et on a dansé dans l’herbe.

J’étais allée boire des bières avec un pote, on était à moitié pétés, on est passés au sexodrome parce qu’il voulait acheter je-sais-plus-quoi et on est tombés sur des boîtes à accessoires pour lesquelles j’avais posé, on les a embarquées. Ça nous a servi de petit support pour faire des traces dans un hall d’immeuble du coin et puis j’ai rejoint mon mec dans un bar vers nation, je revenais d’un shooting photo, j’étais hyper maquillée, j’aimais pas la sensation, j’ai la peau très fragile, pardon ; alors après les premières bières avec mon pote, la coke et tout, j’étais grognon du coup on est allés se promener pour que j’arrête de râler, on a trouvé un petit hall fort charmant qui donnait sur une cour intérieure. Il m’a pécho contre le volet fermé de la salle à manger de chez quelqu’un. Un volet sur deux. L’autre était ouvert, il aurait suffi que je passe ma tête pour faire partie des invités au dîner. Mais j’étais occupée.

Mon pote me parlait en marchant, il s’est arrêté d’un coup pour gerber et il a repris le fil, l’air de rien, on a croisé un dealer devant le club et je lui ai dit «si ta coke est mauvaise je t’arrache les couilles et j’arrache celles de ton chien». On a trouvé un camion dont les portes arrière étaient ouvertes, on a pris un gramme en dix minutes, sa coke était mauvaise et heureusement, après on s’est fait dégager donc on a continué dans une cage d’escalier. Ensuite on est allés guincher, mon pote et moi, on a encore fait n’importe quoi, on a dansé sur un bar, je suis tombée dans l’évier, mon pote a re-dégueulé et puis en partant, je dansais sur le toit des voitures, je sautais d’un toit à l’autre et à l’angle de la rue, j’ai croisé un mec qui en faisait autant. Mon pote a croisé son pote en bas. On est tous allés chez le mec du toit. Mon pote et son pote ont fait leur vie et le mec du toit et moi aussi, mais nous on était dans son lit.

Une fois j’avais déboulé à une soirée avec des potes, on était chargés à bloc, y’avait une meuf qui voulait absolument me pécho, je la connaissais pas, on est reparties ensemble, les potes sont restés à la soirée je crois, elle m’a raconté qu’elle s’injectait sous les ongles, je lui ai dit bah du coup j’ai moyen envie que tu me mettes des doigts mais j’ai enlevé mon débardeur et elle m’a léché les seins dans le hall d’immeuble du coin.

Y avait un mec qui arrêtait pas de me dire qu’il m’aimait et ça m’emmerdait, il était bourré, on avait juste passé une nuit ensemble et là on était dans un hall et il s’était mis à genoux et moi je voulais boire ma vodka tranquille alors je l’ai un peu envoyé chier et le lendemain il gueulait « je t’aime salope » sous ma fenêtre.

J’ai aidé un couple de clodos à entrer dans un hall parce qu’il faisait froid et ensuite ils se sont battus et le mec a balancé la meuf contre la porte, c’était une porte en vitre brouillée alors je les voyais, je me suis assise sur le haut d’un banc en face et j’ai fumé des clopes en attendant. Je sais pas ce que j’attendais mais je voulais pas juste les laisser. Et puis ensuite je suis entrée et ils dormaient.

Je fêtais mon anniversaire au bar, je suis sortie fumer une clope et j’ai vu un mec qui parlait chelou à ma frangine alors j’ai couru pour aller le claquer mais j’ai glissé avec mes chaussures à talons sous la pluie et je suis tombée sur le coude. On a fini la soirée, les potes du bar m’avaient sorti des glaçons, je suis partie avec sous le coude, enfin, dessus et j’ai fait une petite pause hall d’immeuble pour gérer la montée de codéine parce que je supporte pas bien mais un bras cassé non plus. Le lendemain, j’avais le bras tout gros, mon mec m’a accompagnée aux urgences non sans m’avoir expliqué que «non, ton bras ne peut pas être cassé, t’aurais vachement plus mal.» Qu’est-ce que t’en sais, comment j’ai mal ? Il est allé piquer de la xylocaïne pendant que les infirmiers sciaient ma bague parce que mon doigt était devenu bleu. Ils m’ont dit «c’est cassé, prenez donc des dérivés morphiniques», j’ai dit «non je ne prends plus de ça depuis des années et sur une échelle de 1à 10 j’ai mal à 9 mais je survivrai. 8 ans plus tard, je me suis brûlée au dernier degré, on m’a proposé mille trucs pour m’anesthésier et j’ai encore refusé. J’ai eu mal un an. C’était il y a un an.

Je suis entrée dans un hall toute seule pour rouler une clope parce qu’il y avait du vent, un mec qui m’a suivie et m’a plaquée contre le mur. Je suis passée sous son bras et j’ai réussi à ouvrir la porte en hurlant « casse-toi casse-toi », il est parti en m’insultant et moi je suis plus entrée dans les halls toute seule pendant longtemps.

On s’est retrouvés dehors et on est allés attendre les autres dans un hall avant d’aller en teuf je sais plus où, dans un hangar je crois, mais moi j’ai finalement passé la soirée dans une voiture avec une pote et son chien à taper des traces de coke. Dans le hall, y’avait mon mec et un pote et ils parlaient d’une meuf que je trouvais conne et mon mec a dit qu’il l’aurait bien sautée et moi ça m’a énervée alors je l’ai griffé dans le cou jusqu’au sang. Il s’est plaint un peu et puis plus tard dans la soirée, il s’est mis à genoux et m’a demandée en mariage alors je pense qu’on était ok. J’ai léché les quatre longues traces rouges- sang. Il a gardé la cicatrice longtemps.

Une autre fois, on avait joué avec des scalpels, je lui avais gravé mon prénom sur le bras et lui il avait fait des petites expériences sur ma jambe. ensuite on a fait des vidéos, on arrivait pas à arrêter le sang d’une de mes plaies et puis avec l’alcool ça saignait pas mal alors je ne pouvais plus marcher, il a fallu qu’on se pose dans un hall pour refaire mon pansement et il m’a ensuite portée sur son dos jusque chez moi où on a laissé des grosses traces de sang dans ma cage d’escalier, sur ma porte d’entrée, sur les poignées, et un peu partout dans l’appart. Mon coloc était ravi au réveil, bien que fort habitué à cette spontanéité.

Une fois j’étais avec des potes et on est juste restés assis toute une nuit parce qu’on avait froid et qu’on savait pas trop où aller. Au petit matin, je ne sais plus ce qu’on a fait. C’est quand je vivais chez un pote et que son chien chiait sur l’oreiller à côté de moi sur le matelas.

Mon mec et moi on s’était engueulés alors il a donné un gros coup de pied dans la porte de l’immeuble, ça l’a cassée, il s’est fait mal, on a fini par se marrer tellement c’était con. Mais il était très con ce mec, de toute façon.

Une pote que j’avais pas vue depuis longtemps s’était fait mettre des implants mammaires. on a papoté dans la cage d’escalier, elle m’a montré et franchement c’était super bien fait. On avait préparé des vodkas-tonics et on a tapé plein de speed avant une soirée dans une cave. Je me souviens de la lumière infernale du jour qui dure trois jours.

On a terminé nos mille vodkas-bières avec mon mec et on est sortis du bar, vers Ménilmontant. On se collait contre les murs en s’arrachant nos vêtements. Y’a une bande de petits mecs un peu cailles qui a commencé à nous suivre en gloussant. Je leur ai dit «bah venez, puisque vous êtes là, maintenant». On est entrés dans un hall d’immeuble, ils ont maté, ils étaient tout à fait charmants, «merci madame et bonne soirée», je leur ai fait un clin d’œil en partant.

Une fois j’étais avec mon mec dans un bar et je suis sortie fumer une clope et un mec m’a prêté son écharpe parce que j’avais froid. Mon mec est sorti et ils se sont embrouillés. Encore aujourd’hui, je ne sais pas vraiment pourquoi. Je crois que la vraie raison c’est qu’ils étaient tous les deux à balle de je sais pas quoi. Ensuite mon mec lui a cassé la jambe et lui a pissé dessus, à l’autre. Moi je suis partie parce que je trouvais ça complètement ouf comme situation, je suis allée me réfugier dans un hall d’immeuble pour me réchauffer puisqu’il avait bien fallu que je rende l’écharpe, hein… Et mon mec a frappé à la porte avec une rose pour s’excuser. Après, ils se sont revus, le mec a dit que c’était ma faute et ils ont bu des coups parce que tu comprends les meufs : toutes des putes.

On se baladait avec un pote, il a sorti une feuille de papier, format a4, il a dit que ça ferait une bonne luge, «essaye», j’ai dit ok, on a trouvé un escalier en pierre dehors, vers le Sacré-cœur, c’est pas ça qui manque. Il pleuvait un peu, on était pétés, beaucoup, je me suis assise sur la feuille en la tenant, elle a glissé sur le côté, je me suis arraché le doigt, on a essayé de soigner ça dans un hall, le temps de terminer la vodka, ça marchait pas, on est sortis et on a trouvé une machine photomaton dans le métro. Je fume une clope avec un doigt en sang sur la photo.

On était dans un hall d’immeuble avec un pote qui m’expliquait que mes seins étaient parfaits. on avait déjà couché ensemble, c’était pas une technique de drague, on discutait, je sais plus de quoi on a parlé, mais il m’avait quand même un peu chauffée. J’ai dit «bon, faut que j’y aille», je me demande si on s’est roulé une pelle, je sais plus. Je suis arrivée chez mon mec, j’ai remonté ma jupe, déchiré mes collants et je lui ai dit «je veux un piercing ici», il a dit «ok mais après on pourra pas baiser», j’ai dit «tu paries ?» ce soir-là je me baladais avec un fémidon dans mon sac, je sais pas pourquoi.

C’est pas le genre de trucs que j’ai sur moi en général, mais bon… ça tombait bien, du coup il m’a fait le piercing et on a pu baiser parce que le fémidon protégeait un peu la plaie. Ça a quand même mis du sang sur mes collants filés.

J’étais au bar avec des copines mais elles ont commencé à s’engueuler alors j’ai décidé de rejoindre des potes en soirée. Je suis arrivée tard, tout le monde était perché. un mec m’a demandé si je voulais manger des trips dans son camion. J’ai cru qu’il me parlait de tripes, j’ai dit «non, sans façon.» Après, j’ai compris, on est allés bouffer ses acides et on s’est promené. On avait embarqué des couvertures, on a baisé sur les quais, tout était mouvant et coloré. il faisait froid alors on a fini la nuit dans un hall d’immeuble. Le lendemain matin, je flottais en regardant le ciel et j’ai souri à Paris.

Paris, le 15 novembre 2016